Je suis un enfant

Les voiles sur l’océan
Se bercent sur les courants
Emportent les matelots
Vers les rives du néant

Je suis un enfant, qui regarde à travers la fenêtre,
Observe les humeurs monotones qui emplissent l’horizon,
Mes pensées sont comparables à l’automne,
Et à l’aurore monochrome qui se mêle au plafond.

Je suis le vide qui tend vers l’absolu.
L’espoir de coudre le fil du temps une fois révolu.
Je me résouds et je m’enferme dans ma bulle,
je ne vois que les chutes d’eau s’évanouir sur ma peau.
Je tarnis les ficelles,
j’allume des étincelles.
Je t’évoque entre mes lèvres puis je te libère.
Les charges de ton esprit ramènent mon énergie
et se fondent ensemble dans le non-être.

Je suis la veuve au cœur noir,
à l’esprit noir,
à la plume noire,
aux cicatrices noires.
Je suis l’humble horreur des nuits sans sommeil.
Mon front s’est évanoui au ras de tes merveilles ensevelies.
Les larmes tristes qui s’écoulent sur mes joues,
tentent en vain de radoucir les rides
sur lesquelles tes chevaux enchaînés s’en sont allés
piétiner les étendues.
Mon humeur lugubre et morne, emprisonne tes états suspendus,
et je m’invite à danser sur tes silhouettes filiformes nues.

Tu me parles des veuves et des silhouettes,
et des choses du temps révolues.
Projette-toi dans le futur ;
qu’en est-il des choses qu’on ne peut pas avoir ?
Les navires quittent le port à la quête de nouveaux supports
où lâcher leurs ancres solitaires.
Ô matelot,
ta prise n’est qu’un filet vide, insipide !
Intrépide, homme d’équipage,
ne recherches-tu que les mauvais présages.
Ta mémoire profonde creuse dans la mienne,
bien ensevelies sous les marées souterraines.
Jadis, tu naviguais les flots, aujourd’hui tu es seul petit espiègle.
Ronge tes doigts et bois ton sang froid,
à la saveur des eaux sur lesquelles tu voyages.
Je ne garde plus de toi que le rivage, où je dépose les restes de mon corps,
et marque les limites de mon voyage.

Je suis l’enfant d’un poète,
mort de chagrin et de tristesse.
Je suis celui qui était,
qui n’est plus,
qui ne sera jamais.
Je suis le présent à la forme de l’imparfait,
au temps de l’incertitude et
des conditions sous-jacentes.
Je me balance sur l’axe du temps,
je loupe les antécédants.
La flèche a traversé ma peau,
je la garde,
et je déguste la peine passée d’un instant présent.

Et l’esprit espiègle de tes désirs déchaînés
danse ensemble un rythme acharné.

—R.

© 2013 Rhéa Hleihel. All rights reserved.
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